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Le livre, un objet d'art graphique ?

Dernière mise à jour : 8 juin


Vous venez de poser le point final de votre projet. Peut-être qu’au fil de votre écriture s’est construite une image de ce à quoi ressemblerait le support de vos lignes. Ou bien peut-être que depuis le début, l’idée de ce qui va entourer votre histoire a déjà été précisément élaborée. Car l’œuvre n’est-elle visible qu’à travers les mots, ou constitue-t-elle un tout avec sa couverture, sa reliure, ses choix éditoriaux plastiques ? Comment concevoir et considérer l’objet qui va porter et renfermer une épopée, pour enfin, accueillir un lecteur ? Le support du livre amène bien souvent à mobiliser d’autres compétences qui ne relèvent pas de l’écriture, mais bien plus des arts graphiques, comme le dessin, la peinture, le design, etc.

Pour cet article, je me suis inspirée de l’ouvrage Le Dessin et le Livre, dirigé par Jacquie Barral.


Un rapport de proximité avec l’art graphique


Toute création artistique part d’un seul et même point, qui se trouve être logé, pour le peintre, au milieu de son tableau blanc, pour l’écrivain, en haut à gauche de sa page blanche. Le pinceau suspendu dans l’air, le curseur clignotant, la mine sur le point d’épouser la feuille, c’est ce même instant qu’ils attendent tous les deux : le premier élan de l’inspiration. Artiste dessinateur et écrivain partent de cette même attente, déterminés à tacher le blanc de signes.


Mais avant cela, peut-être vous référez-vous à votre travail préliminaire ? Tout comme le peintre qui ouvre son carnet de croquis, l’écrivain compose et agence ses chapitres. Tous les deux font des esquisses de leur projet. Et après, on revient sur l’épaisseur des traits, la densité des ombres, le choix des mots, la longueur des phrases et l’élégance des métaphores. Auteur et peintre prennent une loupe et repassent au peigne fin les infimes nervures qui apparaissaient.

Certains écrivains ont besoin de tracer des cartes, dessiner des portraits en amont pour pouvoir s’imprégner d’une idée. Certains peintres dressent des listes de mots, de ressentis, d’éléments qui vont composer leur tableau.


À partir de quel moment écrire devient de l’art ?


Les couleurs et la langue, ces deux ensembles, comprennent une liste infinie de possibilités. Créer, c’est l’acte de faire quelque chose à partir de ce qui est mis à disposition de tous. Comme le peintre qui souhaite mélanger des couleurs primaires pour créer une nuance sur l’horizon, l’écrivain fait des choix, assemble, donne de la force à certains mots. L’art prend sa source dans une transformation, par la perception d’une teinte, dans la sensibilité des signes. C’est une variation, un ressenti, un au-delà dans lequel le plus petit des détails peut porter toute la force d’un écrit ou d’un tableau.

« Leurs dessins se mettent à prendre la parole » a dit Michel Butor.

Mais ces deux entités fluctuent entre elles, interagissent. Les mots créent des images mentales que le lecteur cherche à toucher ; la peinture produit des réactions, des sons, et le spectateur cherche à mettre des mots sur ce qu’il voit. Les figures de style sont les outils de l’écrivain, il crée un recueil d’images, une fresque mentale, par les mots.


Une œuvre individuelle ou collective ?


Jacquie Barral parle d’une œuvre « à explorer ou à mettre dans tous ses états ». Pour créer tout ce qui touche au design du livre, la maquette intérieure, extérieure, la présence d’illustrations, il faut mener une enquête textuelle, chercher à travers les mots la force, l’image du texte, son aura. Des éléments qui pourront prendre une forme imagée et devenir l’identité du livre. Cette pensée de l’œuvre peut s’exprimer de manière abstraite, sous une allégorie, par le portrait et de beaucoup d’autres façons différentes.

L’équipe éditoriale joue un rôle dans la conception de cette image qui va servir de première de couverture. Elle possède ce point de vue extérieur et plus général de l’œuvre, tout en écoutant un public qui, aujourd’hui, recherche l’esthétique dans l’objet du livre. À cette étape, l’édition ne voit donc plus le texte pour lui seul, mais ce qui va lui donner un aspect, une identité. « Il s’agit de dépasser cet ”objet de lecture”, de le mettre en valeur, de le faire vivre autrement que dans une relation intime et individuelle. », exprimait l’équipe de Cheyne.

D’autres acteurs de la chaîne du livre peuvent aussi intervenir sur cette image. Un écrivain ne possède pas forcément des talents de dessinateur, de designer ou de peintre. Accueillir un illustrateur, un artiste peut être un plus. Avec le travail du correcteur, du maquettiste, de l’imprimeur, l’œuvre subit plusieurs interventions qui, finalement, peuvent nous interroger sur l’aspect collectif du livre.

De plus, le choix d’une maison d’édition tourne aussi autour des règles de conception du livre et de sa marge de liberté créatrice. Nous pouvons penser à la collection blanche, par exemple, de Gallimard, qui amène bien plus à voir le texte pour lui-même, avec sa couverture sobre qui devient un standard et qui est sa marque de fabrique. Alors que d’autres vont préférer faire intervenir des illustrateurs, ou bien utiliser des œuvres picturales connues qui peuvent sensiblement exprimer un texte.


« Texte à lire ou objet à contempler ? » demande Marie Minssieux-Chamonard


Prenons le cas des livres d’art et des livres jeunesse. Ce sont deux genres pour lesquels l’édition a compris que dans le premier cas, les images ne suffisent pas, et que dans le deuxième cas, les mots ne suffisent pas. Ils ont chacun leurs limites : ou elles n’en disent pas assez, ou ils n’expriment pas comme on le voudrait. Nous comprenons donc que peinture et écriture peuvent fonctionner ensemble et sont complémentaires, ils se soutiennent et pallient les défauts de l’autre. Certains auteurs en ont conscience et ont décidé de jouer avec ces limites, c’est le cas de Flaubert et de sa fameuse description de la casquette de Charles Bovary. La créatrice Marie Mercié la recrée. On le voit, elle défie les attentes de la réalité et l’imagination du lecteur, car c’est un objet qui ne peut exister que par les mots.



Première de couverture de La Casquette de Charles Bovary, Michel Boujut.

Dans le cas du livre d’art, il est souvent utile pour les artistes-peintres, dessinateurs, sculpteurs de venir comme confirmer leur art par le support du livre. L’œuvre revêt un caractère encore plus définitif et éternel, tout en pouvant se permettre de sortir la sortir du musée, de la faire voyager. Jacquie Barral en parle alors comme un « médium ». Le compte Instagram @wikiHowmuseum a récemment choisi d’importer ses images humoristiques dans le format du livre pour pouvoir leur donner un caractère plus clair, plus officiel, plus beau.

Première de couverture Scènes de la vie postmoderne, une étude de mœurs, écrit par Maxime Morin et illustré Marguerite Hennebelle.

Les musées autour du livre


De plus en plus, les livres prennent place dans ces lieux d’exposition, souvent pensés comme exclusivement considérés pour des arts picturaux, sculpturaux. Aujourd’hui, on reconstitue l’histoire du livre, son développement, son évolution. On l’expose non pas dans une bibliothèque, mais sur un support et dans des conditions qui vont mettre en valeur tout son ensemble. Il existe des musées de l’imprimerie, d’anciennes couvertures et certains qui plus que simplement disposer le livre, vont l’insérer dans une reconstitution du bureau, du contexte du travail de l’écrivain. Le livre voyage donc réellement, il passe de la librairie ou de la bibliothèque à un lieu où il ne peut plus être emprunté, mais bien regardé, contemplé. Il prend alors véritablement, visuellement, son statut d’œuvre d’art.


Livremonde est à la fois une sculpture et un livre de Jack Vanarsky, qui tente de briser les frontières entre les arts, et qui veut s’exprimer sur le livre d’artiste.

Des musées dont parle Actualitté :


Et vous, comment considérez-vous votre écrit ? Pensez-vous l’illustrer ?


Nolane Vincent


Image d'illustration : https://www.pexels.com/fr-fr/photo/livres-empiler-se-detendre-concevoir-4219038/


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