La survie de la chaîne du livre

Dernière mise à jour : 23 déc. 2021

Ou les liens entre les différents acteurs de la chaîne du livre, à l'épreuve de la crise sanitaire.


À la Bibliothèque nationale de France a eu lieu le 4 octobre 2021 la conférence « L’édition jeunesse au cœur des enjeux sociaux et environnementaux », lors des Assises de la littérature jeunesse. L'occasion pour les intervenants de discuter de la difficile survie de la chaîne du livre, durant la crise du Covid.


Quel est le rapport avec la chaîne du livre ?


La création de l’ouvrage part du travail du texte jusqu’à sa distribution. Il passe de main en main (« pas très covid », me direz-vous), de l’auteur, à l’éditeur, au correcteur, au maquettiste, à l’illustrateur, au directeur d’édition, à l’imprimeur, au diffuseur, au libraire, et enfin, à vous, à nous, lecteurs. Tout ce monde constitue les maillons de la chaîne du livre. Les acteurs échangent et le livre évolue dans cet engrenage où chacun dépend de l’autre et est donc soucieux de son semblable. Mais ces liens ont été ébranlés par la crise sanitaire.



Quels impacts pour les acteurs ?

Un constat en demi-teinte…

Certes, les ventes ont diminué, mais le marché du livre a survécu ! Comment ? Grâce aux lecteurs qui ont continué d’aller voir leurs libraires, voire même qui se sont détournés de l’achat en ligne pour soutenir leur distributeur local. Simon Roguet, co-dirigeant de la librairie M Lire évoque un « élan de solidarité de l’ensemble de la population ». Cette assiduité et ce soutien ont conduit, en février 2021, à la reconnaissance de la librairie comme « commerce essentiel », une fierté et une victoire pour le secteur éditorial !

De façon plus inévitable, les rencontres entre auteurs et lecteurs se sont raréfiées. On a cru cet intime et précieux dialogue terminé, mais les interactions ont ressuscité. Par exemple, Nathalie Brisac, directrice de la communication de l’école des loisirs, a créé « l’école des loisirs à la maison », mettant en place podcasts, leçons d’illustrations et découvertes d’auteurs. Elle évoque ce basculement du réel au virtuel comme un « nouveau médium » entre le lecteur et l’auteur !


À la source même du livre, les auteurs ont vu leur rémunération se dégrader, et finalement, la question des aides émerger. Nancy Guilbert, autrice de Old Soul, a ressenti cet impact économique : « On est dans l’angle mort de l’État, on a un métier, mais pas de statut ». Alors que les aides de la chaîne du livre devenaient primordiales durant cette épreuve, beaucoup d’auteurs se sont aperçus ne pas correspondre aux critères. Le doute concernant la stabilité de son métier s’est peu à peu installé chez le créateur.

Pourtant, de ce paradoxe et de ce « sentiment d’abandon » qu’exprime l’autrice, est apparu le statut d’auteur auto-entrepreneur. On a assisté à une véritable reconnaissance autour du métier d’écrivain ! Les fonds débloqués du CNL (Centre National du Livre), du SNE (Syndicat National de l’Édition), de la Sofia (Société Française de l’Intérêt des Auteurs), des départements, la mise en place du pass culture, les projets itinérants comme ceux de Bibliothèque Sans Frontières, l’appui des médias, et bien d’autres encore, témoignent d’une prise de conscience de l’importance des maillons de la chaîne du livre.


Vers de nouvelles perspectives...


La crise « a révélé la part de ce qui ne va pas dans un système » réalisait Nancy Guilbert. L’autrice a réinterrogé la manière de considérer les choses et a retrouvé sa créativité avec Old Soul.

Les libraires comme Simon Roguet souhaitent remercier le soutien des lecteurs et s’attèlent aujourd’hui à répondre plus précisément à leurs demandes en créant des liens plus forts avec la localité. Certains ont vu dans les outils d’adaptation (réseaux sociaux, visioconférences) de nouveaux horizons pour le livre. Le CNL a pour volonté d’apporter une aide à la création du livre audio, et pour cela, ouvrira une étude début 2022, dans le but d’estimer et de comprendre les besoins des auteurs et éditeurs.


Aujourd’hui, où en sont les liens entre les acteurs de la chaîne du livre ?

« Le plaisir de se retrouver pour de vrai, comme des gens essentiels. » - Thierry Magnier

Les liens entre les différents acteurs de la chaîne du livre, à l'épreuve de la crise sanitaire. Nathalie Brisac. Un esprit collectif semble avoir surgi de cette séparation, une conscience de l’autre, de « l’interdépendance » pour Marion Pablonski, directrice des départements bande dessinée et jeunesse chez Albin Micies liens entre les différents acteurs de la chaîne du livre, à l'épreuve de la crise sanitaire. a eu dans l’histoire du livre, dans l’histoire de sa création, de sa diffusion, de sa promotion par les acteurs. C’est un changement profond, une évolution qui s’est opérée dans l’objet du livre et dans les consciences, c’est « une relation qui a dû être réinventée » éprouve Vincent Montagne, président du SNE.


Pour retrouver l'intégralité de la conférence, c'est par ici.


Un article de Nolane Vincent, étudiante en lettres et en stage chez Miralta pendant deux semaines.


Image : cottonbro provenant de Pexels


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