L'Intelligence Artificielle dans l'édition

Dernière mise à jour : 12 janv.


Sur le chemin de l’édition… rencontre avec l’Intelligence Artificielle !



Le 6 décembre 2021 se sont tenues les Assises du livre numérique. Lors de cet événement proposé par le Syndicat national de l’édition ont eu lieu les conférences « Les enjeux de l’Intelligence Artificielle dans l’édition », ainsi que « Qu’est-ce que l’Intelligence Artificielle ? », et la table ronde « Écriture et traduction, conception et fabrication, diffusion d’un livre : quelle place pour l’Intelligence Artificielle ? »

Retour sur ces échanges…


Quels enjeux ?


L’objectif principal de ces Assises du livre numérique est de créer une discussion autour d’une volonté commune des acteurs de la chaîne éditoriale : « permettre à tous d’accéder au livre, quel que soit le format », a introduit le président du SNE, Vincent Montagne. Ce sujet avait déjà été abordé lors du même événement en 2017, mais après seulement quatre ans, il était déjà primordial de revenir là-dessus, compte tenu des avancées. Virginie Clayssen, présidente de la commission numérique du SNE, remarque que la France comptabilise en 2021, 502 start-ups spécialisées dans l’Intelligence Artificielle. Un chiffre conséquent qui amène à s’interroger : que penser de l’installation progressive de l’Intelligence Artificielle dans le monde de l’édition ? Doit-elle être vue comme une source d’inquiétudes ou bien comme une main tendue aux créateurs ? Que propose-t-elle ?


Introduction à l’Intelligence Artificielle ou machine learning


Tom Lebrun, juriste, nous propose cette définition de l’IA : « des systèmes programmés et entraînés par des personnes, dans le but de faire ressortir des règles d’utilisation. » Plus clairement, on fait une demande à un logiciel (ajouter des alinéas à chaque retour à la ligne, par exemple), puis on la teste sur plusieurs textes, et enfin, lorsque le logiciel devient de plus en plus précis et fiable, on peut dire qu’on lui a créé une règle (celle d’ajouter des alinéas à chaque retour à la ligne). Vous l’aurez compris, l’IA fonctionne avec des données, et l’édition en possède tout un trésor ! Si l’on veut travailler sur le texte, on communique des données sur le contenu du livre ; si l’on veut travailler sur la communication ou le marketing, on échange des données sur les ventes ou bien sur les envies des lecteurs. Néanmoins, il existera toujours de la subjectivité dans ces données, les informations sont donc souvent biaisées. Ce n’est pas une science irréprochable, d’où le fait qu’un contrôle de l’éditeur ou de l’auteur est requis.


L’IA, accompagnatrice de l’édition


Comment peut-elle concrètement aider la chaîne du livre ? L’Intelligence Artificielle s’est développée au point qu’elle peut aujourd’hui prendre l’apparence d’un logiciel capable de traiter un texte. Lors d’une correction, où se jouent des enjeux orthographiques, lexicaux, syntaxiques… celui-ci fait des propositions à l’éditeur et peut ainsi l’aider dans ses choix. Mais ça ne s’arrête pas là. Lors des stratégies typographiques et de maquette, l’IA est aussi capable d’orienter les décisions de l’éditeur. Imaginons que vous soyez à court d’idées dans la réalisation d’une couverture… Donnez à votre IA des éléments de votre moodboard, et celui-ci pourra vous concocter des illustrations.

Pour l’auteur, l’IA vient donner un coup de pouce dans la rédaction du texte. En effet, certains logiciels sont capables de produire des écrits à partir de commandes préalables comme le choix du genre, de la nature du texte, etc. Mais cela nécessite tout de même un important travail de réécriture et de contrôle de l’auteur en aval. L’IA ne s’arrête pourtant pas là : elle peut introduire un sujet ou terminer des phrases et vous aider pour finir un chapitre, écrire ce qui est dicté et répéter. Des logiciels comme Booxby ou QualiFiction analysent et comparent un manuscrit par rapport à d’autres textes sur lesquels ils ont pu apprendre des règles comme l’originalité, le suspense, les émotions, etc. Ainsi, ils vous diront quelles faiblesses et quelles forces contient le vôtre.

Dans un contexte interlinguistique, l’Intelligence Artificielle a aussi sa place aux côtés de la traduction. La qualité et la précision ne cessent de s’améliorer pour des logiciels comme DeepL qui ont bénéficié d’un essor important depuis 2019. Ces évolutions réinterrogent les enseignements dispensés dans les écoles sur la façon de traduire.

D’un point de vue marketing, des algorithmes peuvent prédire les ventes, déterminer les périodes propices à la publication, relever des infractions juridiques comme le plagiat et le non-respect des droits d’auteur, et autres tâches, qui souvent, échappent à un œil humain.

Enfin, l’Intelligence Artificielle termine le chemin de l’édition en accompagnant aussi lors de la distribution. Par exemple, ePagine, qui est un catalogue en ligne, fonctionne sur des données relatives au stockage que font les librairies et non sur des données liées aux ventes. On s’attache donc au choix d’une ou plusieurs personnes et les règles du système sont basées sur les avis et les coups de cœur des libraires. De plus, un livre est toujours proposé avec celui qui est recherché. Khalil Mouna, co-fondateur de Gleeph, a vu se développer une communication plus fréquente avec les maisons d’édition, et ces dernières peuvent aussi être un peu plus informées quant aux habitudes de lecture. Il existe donc des enjeux quant à la qualité des livres proposés, il parle d’une « relation de lecture » et met de côté le critère de l’achat.


Les recommandations de Tom Lebrun : « maintenir une décision humaine en amont et en aval, prévoir une stratégie juridique adéquate et mutualiser ses ressources ».

Quelques risques tout de même


Parce que sinon cela serait trop facile, le danger le plus grand est l’impact environnemental. Toutes ces données que l’on communique doivent être stockées et cela entraîne des coûts matériels et écologiques. D’importants serveurs de stockage sont constamment créés et entretenus. Mais faire des calculs est aussi coûteux dans le sens qu’entraîner un système prend beaucoup de temps et énormément de données avant qu’une règle puisse être fiable et rentrer dans le système d’une Intelligence Artificielle.


Une réflexion philosophique...


Pascal Mougin, professeur en littérature et art contemporain, s’est interrogé sur une IA écrivaine. Selon lui, dans deux cas, elle pourrait se faire autrice :

- écrire des textes qui ressemblent à une littérature humaine, c’est-à-dire, copier des règles en usage dans notre écriture ;

- écrire des textes d’une littérature méconnaissable pour l’homme, qui lui est impossible de créer, qui dépasse les frontières de ses connaissances et donc de ses capacités. « Une littérature post-humaine, artificielle », ajoute-t-il.

Mais pour lui, nous sommes d’ores et déjà rentrés dans cette ère, puisque nous piochons nos connaissances consciemment sur des moteurs de recherche afin de nous documenter. Finalement, nous collaborons avec l’IA, la plupart du temps, de façon instinctive et naturelle. Son empreinte se trouve déjà dans nos récits… Pensez-vous que nous devrions l’inclure dans les remerciements ? Ou bien signer l’œuvre de sa part à elle aussi ?


... et une lente intégration


Pour auteurs comme éditeurs, l’utilisation de l’IA possède une représentation déshumanisante face à un roman où s’épanche l’âme d’une personne. Souvent considérée comme une alliée ou une ennemie, elle peut aussi tout simplement revenir à sa fonction de base qu’est celle d’un « outil », considère Florent Souillon, responsable du numérique chez Madrigall. Peut-être pourrions-nous l’identifier comme un second type de bêta-lecteur ? Ou bien, comme un collaborateur du bon vieux dictionnaire ? Qu’en pensez-vous ?


L’Intelligence Artificielle : on écrit sur elle et on parle d’elle

Comprendre la révolution de l’intelligence artificielle, Stéphane d’Ascoli

Ada, Antoine Bello

Peut-on PRÉDIRE un BEST-SELLER ? Cyril Destoky Auteur

« En quelques mots, façonnez vos œuvres d’arts numériques », article Actualitté du 26 novembre 2021 par Valentine Costantini.


Source image : Pexels, Tara Winstead.

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